Adapter le projet

Mis à jour : 06/02/2020
Générer une version PDF
Principe

Lorsqu’un projet est envisagé sur un site présentant des pollutions volatiles, outre la construction du bâtiment dans une zone non contaminée par des substances volatiles, un des moyens à envisager en priorité pour limiter les problématiques l’intrusion de ces polluants dans le bâitment consiste à adapter le projet afin de :

  • limiter les surfaces de contact avec les sols pollués et/ou ;
  • adapter le projet de manière à n’envisager que des usages non sensibles (ex. : caves, parkings) dans les niveaux inférieurs du bâtiment, plus sensibles à l’intrusion de polluants volatils et qui servent alors d’espace tampon entre les pièces de vie et la pollution résiduelle.

Si ces mesures ne sont pas envisageables, si elles s’avèrent insuffisantes ou si l’on souhaite avoir davantage de sécurité et de marges de manœuvre (vis-à-vis d’une dégradation environnementale ou d’un abaissement des Valeurs Toxicologiques de Référence), d’autres méthodes existent et sont détaillées dans les fiches correspondantes :

Description

Du fait des limites techniques, les opérations de dépollution conduisent généralement à laisser en place des pollutions résiduelles. Lorsqu’il s’agit de pollutions volatiles, des mesures de gestion doivent rendre compatible les usages futurs envisagés avec les niveaux de pollution résiduels existants. Il est rappelé que les mesures constructives ne remplacent pas les techniques de dépollution existantes. Elles permettent uniquement de gérer des pollutions résiduelles ou accidentelles. Ainsi, elles ne sont pertinentes et durables, des points de vue technique et économique, qu’après un traitement de la source à l’origine de la pollution identifiée.

Dans le cas de nouveaux projets construits dans des zones susceptibles d’être polluées sans que cela ne soit mis en évidence lors de la construction (par exemple : construction à proximité d’une zone industrielle ou d’un stockage de liquide inflammable ou volatil), il peut être intéressant de prendre en compte ces risques et d’adapter le projet afin d’avoir des marges de manœuvre supplémentaires si une pollution volatile est mise en évidence ultérieurement.

1. Limiter la surface d’échange

L’intrusion de polluants volatils étant directement liée à la surface de contact du bâtiment avec les sols pollués, la première méthode envisageable consiste à ne pas construire en sous-sol ou dans le cas contraire en n’y positionnant aucun usage favorisant de longues expositions. Il peut également être envisagé de privilégier des constructions verticales plutôt que de plain-pied (réduction de l’emprise au sol du bâtiment et compensation de la perte de la surface disponible par une augmentation de sa hauteur). Les éléments relatifs à l’accessibilité des bâtiments aux personnes handicapés et au stationnement des véhicules associés aux usagers, pour ne citer que ces exemples, doivent alors être pris en compte dès le stade de conception.

A l’image des bâtiments construits dans certaines zones inondables, la construction d’un bâtiment sur pilotis peut constituer une mesure constructive pertinente. Les seules voies d’entrées des polluants au sein des bâtiments seraient alors les pilotis et les éventuels réseaux entrants. Ainsi, les possibilités d’intrusions de polluants volatils à l’intérieur du bâtiment seront faibles compte tenu de la surface d’échange limitée avec le sol et de l’importante épaisseur de béton à traverser pour atteindre le niveau inférieur du bâtiment. Toutefois, une attention particulière devra tout de même être portée à l’absence de canalisation ascendante à l’intérieur de ces pilotis et la protection éventuelle contre la corrosion. Si nécessaire, la perméabilité à l’air des pilotis peut être limitée par plusieurs méthodes :

Afin d’optimiser au maximum l’espace disponible, ce volume sous la construction sur pilotis peut être utilisé comme zone de stationnement pour les véhicules. Afin de limiter tout risque de vandalisme, la mise en place de clôtures est recommandée. On doit néanmoins prendre soin de rendre cette clôture suffisamment perméable à l’air pour assurer une bonne dilution des polluants volatils éventuels. La réalisation d’un parking semi-enterré est également envisageable. Dans ce cas, des précautions analogues (anti-vandalisme et ventilation) sont à étudier.

Figure 1 - Schéma des solutions envisageables.

2. Limiter les traversées de dalles

Une autre mesure consiste à limiter les traversées de dalles ou de membranes étanches en privilégiant les entrées de réseaux par des murs latéraux non enterrés. Cette mesure peut nécessiter la prise en compte d’autres facteurs (détérioration possible des réseaux apparents ou gel pour les canalisations d’eau en hiver).

Dans la mesure du possible, les voies de transfert (escalier, ascenseur, trappes, …) entre le niveau inférieur et les niveaux situés au-dessus doivent être évitées. A défaut, une attention particulière doit être portée à la recherche des dispositifs permettant de limiter les remontées de polluants volatils (portes, trappes étanches, …).

3. Privilégier des usages non sensibles dans les niveaux inférieurs

Si une construction en sous-sol est néanmoins réalisée, il peut être envisagé de limiter l’usage des sous-sols à des activités pour lesquelles l’exposition est limitée (parking, locaux techniques, réseaux informatiques, salle d’archivage, …). Une ventilation mécanique adéquate est alors mise en place, le renouvellement d’air permettant de limiter l’accumulation de polluants volatils dans le sous-sol et leur migration vers les étages supérieurs.

Contrôles préalables, résultats et conclusions

1. Échantillonnage et analyses chimiques

Afin de déterminer si des mesures constructives sont nécessaires, des analyses de gaz de sol au droit (ou à proximité immédiate) du bâtiment à construire doivent être réalisées. Les paramètres recherchés sont adaptés aux polluants susceptibles d’être présents dans les gaz de sols. En ce qui concerne les modalités de caractérisation des gaz de sol et de l’air intérieur, le lecteur est invité à se reporter au guide BRGM-INERIS (2016) et à la norme NF ISO 18400-204 (juillet 2017).

Recommandations post-installation

Idéalement, un suivi de l’installation à distance est recommandé afin de limiter la gêne pour les occupants du bâtiment.

Mise en place d'un bilan quadriennal intégrant :

  • Contrôle de la bonne ventilation du volume (débit naturel ou mécanique),
  • Contrôle de l'ensemble de l'installation à chaque visite ou intervention (extracteur (si installé), relevé du temps de fonctionnement (si extracteur mécanique), vérification du débit total d’extraction, ...),
  • Contrôle de la qualité de l'air (pièce et rejet) tous les 3 mois (partie inférieure d’un bâtiment) ou tous les 6 mois (sous-sol d’un bâtiment accueillant un parking ventilé mécaniquement ou le premier niveau d’un bâtiment construit sur pilotis) la première année, puis possibilité d'adaptation de la fréquence en fonction de l'évolution des résultats (stabilité ou baisse),
  • Contrôle de l'étanchéité de la dalle inférieure, des passages de réseaux voire du maintien en bon état des dispositifs permettant de limiter les remontées de polluants volatils au niveau des voies de transfert entre les niveaux (escalier, ascenseur, trappes, …) à chaque visite.

Conservation de la mémoire afin d’éviter tout changement d’usage remettant en cause la protection des usagers (exemple : suppression d’une ventilation mécanique ou transformation d’un niveau inférieur d’un bâtiment construit sur pilotis en un volume fermé).

Applicabilité

Aucune limitation en terme d’applicabilité ne semble exister a priori puisqu’il s’agit d’adapter le projet à la problématique rencontrée.

Dimensionnement

1. Etudes et modélisations

Compte tenu des résultats analytiques obtenus, le dégazage attendu peut être estimé et servir de base au dimensionnement du projet. Dans le cas d’une construction sur pilotis, il est peu probable que le dégazage attendu nécessite des précautions complémentaires, la ventilation naturelle se chargeant de diluer les concentrations. Une étude confirmant cette hypothèse (notamment en cas de volume fermé ou semi-enterré) est néanmoins recommandée.

Si le niveau inférieur n’était pas constitué par un volume naturellement ouvert sur l’extérieur (exemple : cave ou parking fermés voire vide sanitaire (qu’ils soient enterrés ou non)), il convient de déterminer la ventilation nécessaire permettant d’assurer un taux de renouvellement suffisant de l’air pour assurer à la fois la protection des usagers vis-à-vis des remontées de polluants volatils depuis le sol, et des polluants émis par les activités se déroulant dans ce volume (moteurs thermiques, stockage divers, …). A cet effet, il s’agit de vérifier si les taux de ventilation réglementaires sont suffisants pour gérer l’ensemble des polluants présents (potentiellement) dans ce volume.

Ci-dessous quelques débits recommandés :

Type de bâtiment

Pièce

Débits en m3/h

Source

Tertiaire/collectif

Pièce

Débits d’air neuf en m3/h et par occupant

x)

Locaux d’enseignement

15

Chambre collectives, bureaux,

18

Locaux de vente ou à usage sportif

22 à 25

Activité salariée

Bureau

25

y)

Restauration, réunion

30

Atelier

45

Autres locaux

60

Parcs de stationnement

900 m3/h, par voiture et par compartiment ou 600 m3/h, par voiture et par compartiment (en cas de présence d'un dispositif anti-incendie de type sprinkler).

Ces débits sont valables aux heures de pointe et sont réduits de moitié aux heures creuses.

z)

Sources : x) Règlement Sanitaire Départemental type, y) Code du travail , z) Arrêté du 9 mai 2006.

Facteurs limitants

Dans le cas de bâtiment à construire, peu de facteurs limitants sont identifiés puisque le projet peut être adapté en conséquence. Ces facteurs limitants seraient principalement liés intrinsèquement au projet, comme par exemple : prévoir un usage sensible directement au-dessus du sol, ne pas prévoir de parking (ventilé) dans les niveaux inférieurs sous les premières pièces à usage sensible, ….

Références

1. Bibliographie

Arrêté du 9 mai 2006
portant approbation de dispositions complétant et modifiant le règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public (parcs de stationnement couverts) (ERP type PS)
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000813938

BRGM (Août 2014) 
Guide relatif aux mesures constructives utilisables dans le domaine des SSP
Leprond H., Lion F., Colombano S. avec la collaboration de Windholtz J.(2014)
Rapport final BRGM/RP-63675-FR,172p., 26 fig., 19 tabl., 5 ann.
http://ssp-infoterre.brgm.fr/guide-relatif-aux-mesures-constructives
http://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-63675-FR.pdf

BRGM-INERIS (2016)
Guide pratique pour la caractérisation des gaz du sol et de l’air intérieur en lien avec une pollution des sols et/ou des eaux souterraines
BRGM RP-65870-FR - INERIS-DRC-16-156183-01401A
http://ssp-infoterre.brgm.fr/guide-pratique-caracterisation-gaz-du-sol-et-air-interieur 

NF ISO 18400-204 (Juillet 2017)
Qualité du sol - Échantillonnage - Partie 204 : lignes directrices pour l'échantillonnage des gaz de sol
https://www.boutique.afnor.org/norme/pr-nf-iso-18400-204/qualite-du-sol-echantillonnage-partie-204-lignes-directrices-pour-l-echantillonnage-des-gaz-du-sol-/article/842404/fa184952

Règlement Sanitaire Départemental
Disposition applicables aux bâtiments autres que ceus à usage d'habitation et assimilés
http://www.lot.gouv.fr/IMG/pdf/04_RSDtitreIII46.pdf

Site Ventilation Industrie
Code du travail
http://www.ventilation-industrie.fr/le-code-du-travail

US EPA (2008)
Enginnering Issue: Indoor Air Vapor Intrusion Mitigation Approaches
Science Applications International Corporation.
U.S. Environmental Protection Agency, Washington, DC, EPA/600/R-08/115, 2008.
https://cfpub.epa.gov/si/si_public_record_report.cfm?Lab=NRMRL&dirEntryId=191565

Haut de page